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Les Anges liers dvng amour vertveux l'aliance immortelle – Pax vobis (Abel L'Angelier, Paris, XVIe s.)
Florilège du Livre Rare – Rare Book Florilegium
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De quelques Libraires-Imprimeurs de Lyon
Horace CARDON, Gentilhomme lucquois, a si bien servi dans cette ville, où il étoit venu s'établir, qu'il n'est pas possible de le regarder comme un étranger. Il n’effaça pas la gloire des Imprimeurs de Lyon, il ne les egala même pas, quoique nous ayions de lui des éditions assez belles & assez correctes ; mais il pouffa si loin son commerce de Librairie dans le pays étranger, & il s'y étoit acquis une si grande réputation, qu'il devint plus riche que tous ses prédecesseurs dans la Librairie: on faisoit communément monter son bien à deux millions. Ces richesses, immenses pour le temps, ne sortirent pas de cette ville, où il les avoir acquises, il les employa à faire éclater sa religion & son amour pour Lyon.
Les greniers de l'Hôpital de la Charité, le puits de la grand'rue, sont ses dons ; le collège de la Trinité, le monastere de Blie, qui vient d'être détruit, les églises & les maisons des Cordeliers & des Jésuites de St. Joseph, sont les principaux endroits qui rendent témoignage à sa magnificence : ils portent encore ses armes, qui étoient une tige de carde au naturel.
La fidélité qu'il fit paroître pour Henri IV, dans une occasion importante, lui mérita la bienveillance de ce Prince ; il empêcha un corps de Ligueurs d'entrer par la porte d’Eynay, & de se rendre maîtres de la ville : ce fait est énoncé dans les lettres-patentes qui lui furent accordées en 1605, le 8 Octobre. Le Roi veut qu'Horace Cardon soit compris dans les privilèges accordés par lui & par ses prédécesseurs, aux Nobles étrangers dans Lyon, & en particulier aux Bonvisi, aux Gadagne, aux Mascarany, aux Strozzi, aux Cantarini, &cc. Ces privileges leur permettoient de négocier en gros sans déroger à leur noblesse. Cardon fut élevé à l'échevinage en 1610. Sa maison étoit celle qui fait le coin de la rue Merciere & de la rue de la Monnoie. Elle avoit appartenu au fameux Libraire Porta, qui l'avoir fait bâtir, & sur lequel quel nous n’avons rien à citer. Cardon étoit Seigneur de la Roche-Cardon. Il vécut dans le célibat. Son frere, nommé Jacques, fut Échevin en 1636. Il en est quelquefois parlé dans les actes de fondation d’Horace. Il époufa Lucrece Strozzi. Il fut pourvu de la charge de Grand-Prévôt des trois provinces en 1643.
Laurent Cardon, troisieme frere, servît en Catalogne. Il étoit Capitaine du régiment de Maugiron. Il avoir obtenu du grand Duc de Toscane confirmation & reconnoissance de son ancienne noblesse, si connue en Espagne & en Italie, & dont descendent les Seigneurs de Cardone.
Cette famille subsiste encore ici dans la personne de Mr. le Baron de Sandras.
Ce seroit le lieu de parler de plusieurs Imprimeurs qui ont partagé la gloire de l'Imprimerie. Ceux qui font vivre les autres dans le souvenir des hommes ne doivent pas être oubliés. Les mémoires me manquent sur la plupart, je n'ai presque que leurs noms.
Benoit Rigaud, Jean Huguetan, Thibaut Payen, étoient des illustres de leur temps. Les belles éditions de Bourgeat & de Jullieron, faites il n'y a pas long-temps, pourroient figurer avec les belles éditions du seizieme siecle. Les Juntes n'ont fait que paroître à Lyon: ils y imprimerent les lettres de Leon X, écrites par Bembe, & la traduction latine de Sanctez Pagninus, fameux Jacobin, mort à Lyon. Ils allerent à Florence & à Venise, où ils tinrent le premier rang après les Manuces ; ils avoient à la tête de leurs éditions la fleur de lis de Florence, qui passa d'eux à Cardon, des Cardons aux Anissons, & des Anissons aux de Tournes, avec leur fonds de Librairie. Le P. Menestrier fit sur cette fleur, lorsqu'elle étoit aux Anissons, ce rébus ingénieux :
Anison che fiorisce.
On peut mettre au rang des Libraires distingués Antoine & Barthelemi Vincent, qui firent une grande fortune. Leur postérité subsiste encore avec honneur dans une de ses branches appellée de Panettes ; celle de Rambion est finie : ces deux noms sont des noms de terre. La maison paternelle qui a appartenu à Vincent de Rambion, a passé à Mrs. Morel. La devise de ce dernier étoit Vincenti dabo. Les armes de Vincent sont de gueules à la foudre liée d’or, élancée d'argent, béquetée, membrée d'or ; pour cimier un aigle naissant portant à son bec une couronne de laurier de sinople : les supports en portent de même, avec la devise, omnia vituti cedunt. Il y avoit un Jean Vincent, fils d'Antoine, Conseiller au Parlement de Grenoble en 1574, & un Gaspard Vincent, Maitre des requêtes au Parlement de Dombes. Outre les terres de Panettes & de Rambion, ils ont eu celle de Bonlieu.
Les Carterons, de Lyon, étoient des Libraires célebres par leur commerce : ils avoient pour enseigne à leurs livres plusieurs quarterons avec cette devise : Les quarterons font les livres.
On prétend qu'Huguetan sortit du royaume a l’occasion de la révocation de l'édit de Nantes, qu'il passa en Hollande, où il faisoit un gros commerce de Librairie & de banque; que la banque l’ayant lié avec le ministere de France pendant les dernieres guerres du siecle passé, il le trompa en offrant à Louis XIV un prêt considérable, si on vouloit lui rembourser une somme qui lui étoit due, & que lorsqu'il en eut touché l'argent il s'enfuit en Allemagne , où il a été caché jusqu'en 1720; qu'alors il y acheta des terres & y fit des alliances honorables ; qu'en 1727, ou environ , il obtint la levée des icelles qui avoient été mis sur ses magasins en Hollande , & qu'il y vendit pour un million d'effets de Librairie qui s’y trouverent.
L'Auteur des Mémoires de Me. de Maintenon dit avoir vu à Copenhague ce Jean Huguetan âgé de cent trois ans, jouissant de toute la considération due aux services qu'il avoit rendus aux Danemarck en y établissant des compagnies maritimes, des manufactures de soie , & une banque qui a mérité la confiance publique ; qu'il vivoit avec beaucoup de magnificence augmentant son bien en Marchand, & le dépensant en Seigneur; que Frederic IV avoit érigé pour lui & pour ses descendants la terre de Suldestéen en comté, & qu'il en portoit .le nom ; qu'il étoit encore aimé dans la société, & fort compatissant pour les pauvres ; & qu'il est mort en 1750 de chagrin de n'avoir pu obtenir le cordon bleu de l’éléphant.
Jean Mercier , simple garçon Irnprimeur chez Carteron , donna au Public, Jeu ou Méthode curieuse pour apprendre l’orthographe de la langue françoise en jouant avec un dé ou un toton, très-utile pour les jeunes Demoiselles, , &c. avec la Maniere d'écrire les nombres par des lettres romaines jusqu’à un million & une table de Sténographie pour écrire en secret , par Jean Mercier, Imprimeur & Symphoniste Lyonnois , Lyon ,1685 , in-12. Il se mêloit aussi de faire de petits vers, comme noëls, chansons, épithalames. Il se disoit Symphoniste parce qu'il jouoit de plusieurs instruments, & qu’il étoit recherché dans les concerts.
Guichard Jullieron est encore un Libraire-Imprimeur de cette ville qui merite une place ici. Il sauva, disent les mémoires de sa famille, la ville de Lyon de la désertion des Suiffes que Henri IV y avoit fait venir pour maintenir son autorité contre les Ligueurs. Ils étoient déterminés à se retirer faute de paie ; Jullieron vendit deux maisons qu'il avoit, & de la somme de 50000 liv. qu’elles lui rendirent il paya les Suiffes, et fit un acte avec eux par lequel il s'obligea de les payer tant qu'ils seroient à Lyon, & par lequel ils s'obligerent d'y rester tant que le Roi les y retiendroit pour son service. Ce trait de générosité engagea la ville, lorsqu'elle se soumit entiérement au Roi, à charger Jullieron de porter à ce Monarque l’acte en forme de sa soumission. Il partit avec Jean Jullieron, son fils, & arriva après avoir essuyé beaucoup de difficultés de la part des Ligueurs, qui tenoient encore la plupart des villes où il passa. Henri IV lui accorda à perpétuité & à ses descendants les privileges des Commensaux de la maison du Roi & une pension de 400 liv. aussi à perpétuité sur la ville de Lyon. Quant au remboursement de la somme payée aux Suisses, Jullieron le refusa, & demanda en dédommagement la qualité d’Imprimeur du Roi dans la ville de Lyon, qui lui fut accordée par lettres-patentes du 6. Avril 1594. On ignore l'année de sa mort & celle de sa naissance. Nous savons seulement que lorsque Louis XIII passa à Lyon pour aller en Roussillon, le livre de ses heures ayant besoin d’êstre réparé, on lui présenta Antoine Jullieron, petit-fils de Guichard, qui refit les feuillets de ces heures; que l’on prit occasion de raconter à ce Prince ce qu'avoit fait Guichard Jullieron pour le service de l’Etat ; que Louis XIII y fut si sensible, qu'il ceignit lui-même l'épée & le baudrier à Antoine Jullieron, & qu'il le mena avec lui en Roussillon. A son retour on le fit Colonel de la bourgeoisie, en qualité de Capitaine Penon du quartier de la place Confort. Il mourut en 1702, n’ayant eu que deux filles mariées, & qui sont mortes. On avoit rernboursé à ces deux filles en billets de banque la pension de 400 liv. qui avoit été faite à leur famille. Je ne crois ici d'autre descendant des Jullieron que Mr. Seguin, Doyen de Mrs. les Avocats, leur neveu maternel.
Abbé Pernetti: Les Lyonnois dignes de mémoire, A Lyon, chez les frères Duplain , Libraires, 1757.
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